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lundi, 16 juillet 2018

Le Sacrement des malades

 

maladesUn constat: 30 ans après Vatican II, beaucoup reste à faire pour que le peuple chrétien entre vraiment dans ce qu’a voulu le Concile en passant de l’ "extrême-Onction" à l’ "Onction des malades".

On connaît par l’intelligence, on connaît par le cœur. Mais l’être humain connaît aussi par les sens. En tout cas, le Dieu de Jésus.

Le Christ, pour se faire connaître, a pris les chemins de la sensibilité. Et il continue: par des gestes, des paroles, par une onction d’huile – comme c’est le cas dans le sacrements des malades – notre Dieu se donne à connaître: "dans de l’éphémère, l’éternité de Dieu nous rejoint", comme le dit si bien Philippe Vermeersch, le théologien de Tournai invité pour cette rencontre de formation pour prêtres, centrée sur l’onction des malades.

 

La maladie comme brisure

Et dans ce sacrement, c’est la réalité humaine de la maladie que le Christ vient traverser pour qu’elle devienne lieu et signe de sa Bonne Nouvelle. La maladie devient une épreuve quand elle inscrit en nous une brisure. Et même, une triple brisure. Car la maladie qui s’installe vient d’abord briser mon unité personnelle. Voilà qu’elle m’envahit comme une intruse, malgré moi. Je sens soudain que mon corps m’échappe. Il devient un objet: dont d’autres s’occupent, que d’autres examinent. C’est aussi dans la communication avec autrui qu’une brisure peut s’installer: car la souffrance centre sur soi, menace ma relation aux autres, mon horizon se rétrécit. Avec le temps, des relations s’étiolent. Il y a enfin cette brisure à travers laquelle j’entrevois ma fragilité, ma finitude. Je ne peux échapper à ce qui m’est ainsi rappelé: je suis limité, y compris dans la durée. La question de la mort, de ma mort s’insinue en moi.

Pourtant la maladie peut être un chemin d’approfondissement. Je redécouvre de l’intérieur le prix de la relation. La communication peut devenir plus authentique. Autour du lit du malade, on voit aussi se nouer des solidarités profondes et s’éveiller une plus grande sensibilité au monde de ceux qui souffrent. La perception de la finitude peut amorcer des questions nouvelles: la question du sens, la sensibilité spirituelle. Il ne s’agit pas de sublimer ni la maladie, ni la souffrance: cela ne se fait pas sans avoir autour de soi, une certaine qualité de présence – et c’est notre responsabilité –. Mais il y a là des possibles que le Christ venait justement éveiller, relever, susciter quand il se faisait proche des malades.

Dire la dignité du corps

Cette proximité du Christ pour les malades – dont il disait qu’elle était un des signes du Royaume – elle se prolonge, elle se réactualise dans le sacrement des malades. Que vient-il signifier, que vient-il révéler ? D’abord, par cette Onction, il nous dit la dignité du corps. Il nous rappelle que le corps est aussi chemin pour la rencontre et la connaissance de Dieu. Il est le lieu du réconfort qui vient de Dieu. La sacrement de l’Onction souligne et manifeste que l’Esprit Saint habite ce corps. Que sa force en nous peut instaurer une nouvelle unité dans et au-delà de ces brisures auxquelles le malade, tout comme son entourage, sont confrontés.

Et de fait, normalement, on célèbre l’Onction entouré de proches: par là, cette célébration noue autour du malade une présence d’Eglise. Ce sera d’ailleurs la qualité de cette communion qui va porter le malade et lui permettre d’être, au cœur même de ce qu’il vit, un témoin. Ce sacrement manifeste enfin que la maladie est comme un chemin d’Emmaüs où le Christ Ressuscité est là, présent, relevant l’espérance, exorcisant ce que la mort peut avoir aussi de paradoxalement attirant et fascinant, il est là permettant de garder malgré tout le goût de la vie et la force de vivre sa propre mort si tel devait être le chemin que prendra cette maladie.

Un sacrement des vivants

On l’aura compris, ce sacrement est celui des malades, il est offert à ceux que la maladie fragilise. C’est le geste de grâce qui est là pour traverser la maladie. Ce n’est donc pas le sacrement des mourants. Non pas que l’Eglise ne veuille pas entourer celui qui approche du grand passage: comment en serait-il ainsi alors qu’elle est là pour annoncer le passage de la mort à la vie du Christ et donc de tout homme ? Mais pour cette ultime traversée, elle a un autre signe, celui de l’Eucharistie. C’est le " Viatique " dont le nom venu du latin indique bien qu’il s’agit de recevoir le " pain pour la route ", pour le dernier voyage. Et si on ne peut communier la personne, il y a d’autres prières possibles (comme le psaume 23), d’autres gestes de bénédiction que peut d’ailleurs faire aussi un diacre ou un animateur pastoral au nom de l’Eglise.

Il dépend des familles, des proches, des visiteurs de malades, des pasteurs d’expliquer que l’Onction est un sacrement fait pour des vivants. Tant de ceux qui l’ont reçu disent combien cela a été pour eux source de réconfort, de paix, d’énergie. Evitons de le retarder trop, de le donner "à la sauvette". Ne privons pas nos frères et nos sœurs qui doivent affronter l’expérience de la maladie de ce signe de la tendresse de Dieu.

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